Ex Somniis Sudaria


Résidence de recherche ‘hibernation’ aux SAISONS ZERO initié par Zerm - 15 au 28 MARS 2021 -  Monastère des Clarisses, Roubaix


L’hibernation, le sommeil, le repos, ont en commun l’idée de régénération physique et psychique avec le songe, l’état pensif ou la prière. Ils expriment aussi un temps silencieux pendant lequel en apparence, tout est suspendu.
Le projet Ex Sommniis Sudaria interroge cette thématique.
Rêve, rêverie, songe, état pensif, ennui, oisiveté, flânerie, repos, mélancolie. En ces temps étranges, nous avons été plongés dans un état de ralenti. Souvent dénigrés, empêchés et rares, ces états de l’esprit et du corps sont pourtant les déclencheurs de pensées et d’introspection. Temps suspendus de l’entre-deux, parfois légers, ils offrent l’évasion vers un ailleurs, parfois profonds et vertigineux, ils sont la porte d’entrée sur le souvenir que nous sommes éphémères. Je me suis interrogée sur ces états de l’esprit et du corps et la manière d’en faire trace. Un moyen de fixer ces moments suspendus, et retenir l’impalpable.

J’ai commencé à photographier au téléphone portable des proches, des amis, dans ces états de l’être pour commencer à former un corpus d’images.

Ce projet est inspiré de la forme du suaire, qui à l’origine (sudarium en latin) est un simple petit morceau de tissu qui servait à essuyer la sueur du front et du visage, et du Saint-Suaire, preuve de l’existence du Christ aux yeux des croyants, trace de son corps divin, imprimé miraculeusement par la simple application de la toile, figé dans le temps.

Peut-être que de nos corps songeurs, se dégage cette part ineffable?

L’utilisation de cette eau florale est inspirée de croyances qui racontent que du corps de certains grands et grandes mystiques canonisés, se dégageait un parfum floral, mais aussi de croyances et de pratiques rituelles et médicinales durant l’Antiquité et le Moyen-Âge, toutes liées à la notion de suavité dégagée par le surnaturel.

Les images de songeurs prises au téléphone portable ont été agrandieset imprimées sur des feuilles de papier canson pour atteindre quasiment l’échelle humaine. Puis les encres colorées du papier ont été transférées sur des draps de coton blanc, par contact à l’aide d’eau de rose.
Sur les draps, selon la quantité d’eau de rose, et la finesse de la trame du tissu, les nébuleuses colorées sont apparues comme des paysages de l’âme, des réminiscences vagues et variables de ces états d’endormissement.

Le choix d’une installation légère dans la coursive déservant les cellules des soeurs et donnant sur le cloître a été privilégiée pour faire entrer la matérialité des suaires définie comme linge en écho avec l’espace domestique.
Les gestes de suspendre, de draper, de nouer le fil de coton violet pour constituer les bouquets, et enfin l’offrande florale qui clôture la séquence, ont permis de rythmer la mise en espace à la manière d’une action rituelle.
Le parfum d’eau de rose résiduel qui flotte dans l’air, le fil de coton violet noué, le don de fleurs créent un ensemble de sensations et de cognitions autour des suaires qui ont pour but de créer une charge émotionnelle.