© 2026 Oracle tentacle Dounia Chemsseddoha





Sweet devotion, ardente, rivière écho, dormant wood


2024
Tirage pigmentaire papier Hahnemühle Bamboo 290gr contrecollé sur grès blanc.

22 x 30 cm chaque
Pigment print on 290gr Hahnemühle Bamboo paper, mounted onto white stoneware.

22 x 30 cm each




Vues d'exposition Speed Dating #7, Dialogues entre terre et ciel, Lieu Commun, Toulouse, 2024 Photographies © Dounia Chemsseddoha
Sweet devotion fait suite au projet Sweet liturgie (2021), et les trois œuvres ont pris place dans l'exposition Speed dating #7, Dialogues entre terre et ciel à Lieu Commun (Toulouse) en 2024.

Chaque œuvre présente une photographie enchâssée dans un cadre à la forme organique et architecturale, évoquant une fenêtre gothique en ogive, l’icône, le reliquaire. Cette morphologie proche de l'objet de dévotion, s'inscrit dans une logique de seuil, où la photographie n’est plus seulement représentation mais surface de manifestation.

La scène photographique représente un paysage naturel dans lequel s’inscrit une forme verticale textile drapée. Elle apparaît comme une figure intermédiaire : elle ne peut être assignée ni à un corps identifiable, ni à un objet stable mais à une présence.

L’œuvre se complexifie lorsqu’on comprend que le textile lui-même est porteur d’une image de paysage. Il introduit dans un environnement une image déjà médiatisée. Le dispositif repose ainsi sur une logique de dédoublement interne. Un paysage est photographié à la pellicule. Puis l'image transférée sur un support textile est installée in situ dans un nouveau paysage , réinscrite dans un environnement réel avant d’être à nouveau saisi par la photographie. Cette chaîne d’opérations produit une mise en abyme où le paysage devient le vecteur de sa propre circulation et engendre une instabilité du statut de l’image.

Chacun des doubles paysages réactive les mémoires d'endroits chéris, arpentés, vécus. L'onde claire des bords de rivière et la fraîcheur d'une petite grotte, refuge quand le soleil tape top fort en été; le buisson de monnaie du pape sèche à la couleur presque irréel et la faille de la falaise de shiste qui surplombe la plage de sable gris, la forêt de pins en automne et le plateau du causse avant l'orage. Un souvenir en appelle un autre.

Le suaire, forme récurrente dans mon travail, est une manière de convoquer les notions de souvenir, de sacralité et d'intangible. Il est utilisé comme objet, ambigu, situé à la frontière entre matière et apparition. Historiquement, il désigne un tissu ayant touché un corps absent — souvent mort — au statut sacré ou tout du moins à part, et conservant la preuve de son existence. Il relève d’une logique indicielle : affirmant qu’une présence a réellement existé. Le drapé constitue l’opérateur principal de cette transformation. L’image perd sa planéité photographique. Les plis la déforment, comme si le paysage lui-même devenant vivant, presque incarné. Une forme de corps sans corps qui répond à une logique de survivance des formes et produit une dimension spectrale.

Sweet devotion reprend la tradition des images considérées comme acheiropoïètes, c’est-à- dire « non faites de main d’homme » mais produites miraculeusement et dont la photographie partage historiquement cette même structure ambiguë. Elle indique qu’un fragment du réel a été présent devant l’objectif tout en signalant que cette présence est irrémédiablement révolue, impliquant une relation au temps passé et à l'absence. Le cadre en grès blanc, évoquant l'ossuaire et la relique, comme un écrin, inscrit l'oeuvre dans une généalogie des objets sacrés et des images miraculeuses. Pourtant, rien dans l’image ne relève explicitement du surnaturel.

Par la mise en scène de l'impossibilité d’un retour de l’image au réel, l’œuvre joue de la superposition et produit une sorte de court-circuit temporel et visuel. Le tissu évoque immédiatement le fantôme, mais agit aussi comme une membrane entre plusieurs réalités.

Cette série interroge notre rapport contemporain au paysage - Est-ce que nous faisons encore l’expérience directe du monde ? Et comment la convoquer ? Ces icônes transportables, semblent vouloir retenir des mémoires de paysages qui ne cessent de s’éloigner, parasitées par leur imbrication suspendue hors du temps.

Sweet Devotion follows the Sweet liturgie (2021) project; the three works were featured in the exhibition Speed Dating #7: Dialogues entre terre et ciel at Lieu Commun (Toulouse) in 2024.

Each piece consists of a photograph set within a frame that possesses an organic, architectural form—evoking a pointed Gothic window, an icon, or a reliquary. This morphology, reminiscent of a devotional object, functions as a threshold: the photograph is no longer merely a representation, but a surface upon which something manifests.

The photographic scene depicts a natural landscape containing a draped, vertical textile form. This form acts as an intermediary figure—it cannot be identified as a specific body or a stable object, but rather as a "presence."

The work gains further complexity when one realizes that the textile itself bears an image of a landscape, introducing a pre-mediated image into the environment. The setup is thus rooted in a logic of internal doubling: a landscape is captured on film; the resulting image is transferred onto a textile, which is then installed *in situ* within a new landscape—re-inserted into a real-world environment—before being captured by photography once again. This sequence of operations creates a *mise en abyme*, in which the landscape becomes the vehicle for its own circulation, rendering the status of the image inherently unstable. Each of these dual landscapes reactivates memories of cherished places—places once traversed and inhabited. There is the clear water along riverbanks and the coolness of a small grotto, a refuge when the summer sun beats down too fiercely; the dried, almost unreal-colored clusters of honesty (silver dollar plant); a fissure in a shale cliff overlooking a gray-sand beach; a pine forest in autumn; and the *causse* plateau just before a storm. One memory calls forth another.

The shroud—a recurring form in my work—serves to evoke notions of memory, the sacred, and the intangible. It functions as an ambiguous object, situated on the threshold between material substance and apparition. Historically, a shroud refers to a cloth that has come into contact with an absent body—often a deceased one—possessing a sacred or otherwise distinct status, and which retains evidence of that body’s existence. It operates according to an indexical logic: asserting that a presence did, in fact, exist. Draping is the primary mechanism for this transformation. The image sheds its photographic flatness; its folds distort it, as if the landscape itself were coming to life—becoming, in a sense, incarnate. It is a form of "body without a body," following a logic of the survival of forms and giving rise to a spectral dimension.

Sweet Devotion draws upon the tradition of “acheiropoïetoi images—those considered "not made by human hands" but rather produced miraculously—a category with which photography historically shares this same ambiguous structure. It indicates that a fragment of reality was once present before the lens, while simultaneously signaling that this presence is irretrievably gone—implying a relationship to time past and to absence. The white stoneware frame, evocative of an ossuary or a reliquary—a kind of casket—situates the work within a genealogy of sacred objects and miraculous images. Yet, nothing within the image itself is explicitly supernatural.

By staging the impossibility of the image returning to reality, the work plays with layering, producing a kind of temporal and visual short-circuit. The fabric immediately evokes a phantom, while also acting as a membrane between different realities.

This series interrogates our contemporary relationship with the landscape: do we still experience the world directly? And how might we summon such an experience? These portable icons seem to strive to hold onto the memories of landscapes that are constantly drifting further away—haunted by their own entanglement, suspended outside of time.




Vues d'exposition Speed Dating #7, Dialogues entre terre et ciel, Lieu Commun, Toulouse, 2024 Photographies © Dounia Chemsseddohoa
Vues d'exposition Speed Dating #7, Dialogues entre terre et ciel, Lieu Commun, Toulouse, 2024 Photographies © Damien Aspe





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