[RECHERCHES]


Enquête en cours sur les sources et fontaines guérisseuses et miraculeuses.


Eaux récoltées


« La photographie actualise le besoin de pérennité, voire d’éternité, qui semblent au coeur de la recherche alchimique. Fontaines de jouvence, photographie et alchimie partagent peut-être la même eau, celle qui s’emploie au nettoyage des saletés du temps. » (Jean Lauzon., 2000, La photographie fille de l’alchimie. Horizons philosophiques, 11(1), p.26.)

Ce projet se construit autour du culte des eaux.
Dans les traditions populaires, et ce depuis les civilisations anciennes comme celte et gauloise, l’eau constitue l’élément sacralisé, la force régénératrice de la nature. Partout en France, le territoire est généreusement ponctué de sources et de fontaines dont les eaux magiques offrent leurs vertus thérapeutiques. La plupart de ces lieux sacrés païens ont été réinterprétés par la religion chrétienne. Placés sous la protection de saints, saintes, ermites, ces endroits sont aujourd’hui encore riches de pratiques rituelles.
L’eau de ces fontaines et sources est utilisée pour guérir différentes affections du corps. A chaque source, à chaque eau, correspond une vertu spécifique, un geste, une prière sont parfois à réaliser à un moment précis du calendrier. Le rituel effectué offre le soulagement. Par exemple il s’agit souvent de laver la partie du corps à soigner avec un linge et de l’abandonner sur les lieux, abandonnant ainsi le mal dont on souffre.
J’avais le désir de questionner la notion du geste rituel de guérison par l’eau et d’explorer les pratiques et les lieux qui y sont attachés aujourd’hui. Ce projet au long cours initié en 2019 rassemble arpentage, photographie argentique, vidéo, récolte. En se détournant d’une action systématique ou à visée scientifique, j’ai au contraire le désir à cette étape du projet de constituer une nébuleuse de traces à travers différentes pratiques : Enquêter, arpenter. Photographier et filmer les lieux. Appréhender le geste rituel. Impliquer le corps. Aller à la rencontre de personnes qui fréquentent ces lieux. Récolter la parole, le son. Récolter les eaux des ces fontaines.

Extrait de recherches :


11 Août 2019 - La Fontaine des yeux -  Nize - Lozère

La fontaine est réputée pour guérir les maux de la vue et des yeux. Il faut tremper un linge dans ses eaux et l’apliquer sur les yeux. Ensuite, il faut laisser le linge sur place. Autrefois, les linges étaient accrochés aux branches d’un arbre à côté de la fontaine. Il y a quelques années le site a été nettoyé et deux panneaux de bois avec des fils tendus ont été installés pour accueuillir les linges.
En contre bas de la fontaine, en suivant un petit chemin sous les arbres, coule une petite rivière, il y a une petite retenue d’eau qui forme un bassin d’eau claire, on dit qu’il qui gérit les pieds. C’est un couple de gens âgés qui vient chaque année qui m’a indiqué ce bassin, il n’est indiqué nulle part.






25 Octobre 2020 - Fontaine des yeux - Lieu-dit Bretous - Gers

La fontaine est un tout petit bassin circulaire en pierre protégé par un dôme constitué de lames en fer, d’où s’écoule un minuscule ruisseau qui affleure en surface sur quelques mètres et repart sous la terre. Sur place, j’y ai croisé une famille en promenade. Je leur ai demandé s’ils connaissaient la fontaine. La jeune femme m’a répondu que oui car elle est du coin. Je leur ai demandé s’ils en connaissaient d’autres. L’homme m’a répondu que y’a que ça,  il y a de l’eau partout ici.


Images de terrain



25 Octobre 2020 - Fontaine de Notre Dame des Roses - Jegun - Gers

La porte est fermée, impossible d’atteindre l’eau qui est croupie.
La fontaine daterait de la fin du XIVe siècle. Nommée ainsi car selon la tradition, il y aurait été trouvé une image de la Vierge sous un rosier fleuri en forme de croix, en plein hiver. Une source jaillit au pied de ce rosier et de nombreux malades trouvèrent dans cette eau la guérison de leurs maux « roses » tels que l’eczéma.


Images de terrain