Commissariat : Émlie d'Ornano et
Livia Tarsia In Curia
Assistante régie et médiation :
Maurine Bonnet
Conception lumière : Mathilde Camoin
Traduction : Bella Bates
Design graphique : Guerillagrafik
Photographie : Lucas Zambon
Vidéaste : Lam Son Nguyen / Lsnfilms
Résidence an• other here – Édition II Montbrun-les-Bains
Le programme de résidences nomades an• other here soutient la recherche et la création des practien.nes de l’art invité.es. Il agit comme intercesseur de narrations créatives tout en prenant soin de générer des synergies avec le territoire investi.
Pour sa deuxième édition, la résidence s’est nichée sur le flanc d’une montagne calcaire, aux abords du village Montbrun-les-Bains. Durant l’automne 2022 les artistes sélectionnées Dounia Chemsseddoha et Lisa Hoffmann ont glané les arcanes du territoire à partir de la maison familiale Tulicasi. A la fois espace de vie, de recherche, de production et d’accueil du public, ce repère a constitué une plateforme de rencontres rhizomatiques. Il a permis l’exploration d’un environnement habité de figures dissidentes et de pratiques intimement liées à cet espace circondé d’une charpente naturelle. La marche, le pastoralisme, la céramique, la géologie, la paysannerie herboriste, l’olfactothérapie ou encore la cueillette sauvage ont constitué des fils rouges au sein de chaque processus artistique.
L’éloignement de la frénésie urbaine a donné aux artistes une appréhension plus précise, plus lente, plus fragmentée, du contexte naturel, faisant surgir le fragile et l’intangible du paysage environnant. Une pensée s’est façonnée alors, non pas en face ou avec mais dans celui-ci.
La double notion absence-présence a été convoquée dans le processus de création des deux artistes, manifestant que ce qui ne peut être vu n’est pour autant inexistant ou immatériel. À juste titre Dounia Chemsseddoha use de l’entrevision - clé de voûte dans son travail - résultat d’un processus permettant de faire alliance avec l’invisible. Elle consolide cette approche avec le matériau de la céramique, lequel progressera tout au long de sa résidence au contact d’une artisane céramiste de Montbrun-les-Bains. Des pièces hybrides au potentiel de soin ont émergé, vases de corps et réceptacles à corolles pouvant recueillir des élixirs curatifs. Tandis que Lisa Hoffmann a concentré sa recherche sur la dimension de la marche, la trace humaine, animale, végétale et leur mémoire. Et ses indices, évocateurs d’une réalité cachée. L’écriture et la photographie ont été deux outils utilisés avec brio pour ouvrir une réflexion riche sur notre rapport au paysage, et même incisive pour détourner l’anéantissement de l’esprit du regardeur. Interpeller, déstructurer, finalement sensibiliser.
L’exposition Dans leurs mains, sous nos yeux délivre les projets réalisés durant la résidence ainsi que de nouvelles pièces restituant l’immersion des deux artistes sur le territoire de la Drôme-Provençale. Cette deuxième édition an• other here a été accompagnée avec ferveur par la communauté du village de Montbrun-les-Bains, et a donné lieu à des événements organisés en collaboration étroite avec le collectif des travailleur.euses de l’art Polynome.
Livia Tarsia In Curia, Lyon, 2023
Dans leurs mains, sous nos yeux
Pour cette nouvelle exposition, KOMMET a le plaisir de s’associer au programme de résidences nomades an• other here. Dans leurs mains, sous nos yeux est la reproduction lacunaire du paysage de Montbrun-les-Bains. Par la sculpture, l’installation ou encore la photographie, Dounia Chemsseddoha et Lisa Hoffmann dévoilent dans le centre d’art les résultats de leurs recherches générées sur ce territoire et retranscrivent ici les contours visibles et invisibles de cet environnement bucolique.
Depuis l’Antiquité, le village de Montbrun-les-Bains est reconnu pour son eau sulfurée. Utilisée pour les cures thermales, cette eau soulage les rhumatismes et traite les affections respiratoires. Dounia Chemsseddoha explore en partie cette facette du territoire en évoquant l’eau, ressource rare et précieuse. À KOMMET, elle fictionne un monde parallèle et convie les spectateurs à une spéléo dans la caverne souterraine de ce village. Des réceptacles accueillant des eaux florales potentiellement curatives sont disséminés dans cette « grotte ». Ainsi, les visiteurs sont invités dans une pérégrination où il est possible d’éveiller ses sens. La litanie des collines diffuse des réminiscences enregistrées pendant la résidence. On découvre alors toute la richesse ancestrale des plantes médicinales et l’on s’initie à toutes leurs vertus, par moments ésotériques.
Lisa Hoffmann, quant à elle, regarde, observe et examine pour déceler une toute autre réalité, bien souvent dissimulée. Elle sème dans l’espace d’exposition les indices d’une traversée, celle d’une heureuse rencontre avec le territoire de Montbrun-les-Bains. Après avoir effectué un travail de collecte oral et visuel, elle imite ici certaines traces et expériences de ce que le paysage et les habitant.e.s, humains, animaux et végétaux, ont su lui raconter. Lisa Hoffmann se questionne sur la perception et la représentation objective de ce paysage en mutation. Finalement, comment le contempler tout en faisant acte de préservation ? À KOMMET, la nature impalpable se retrouve enserrée entre des plaques de verre. Bien que mise à distance, elle est sujette à l’analyse d’échantillons au microscope par les visiteurs-scientifiques. Des mains fantomatiques, accompagnées de différents jeux optiques, dirigent les regards des visiteurs et impulsent différents points de vue sur l’exposition depuis l’intérieur, mais également depuis l’extérieur du centre d’art.
À elles-deux, les artistes prélèvent et sélectionnent des fragments du paysage drômois qui viennent s’hybrider et contaminer l’environnement urbain. Après l’exploration et cette intense période de fouille à Montbrun-les-Bains, Dounia Chemsseddoha et Lisa Hoffmann entremêlent à KOMMET fabulations et souvenirs reconstruits. L’espace d’exposition devient le lieu d’accueil de deux récits voués à être arpentés et partagés.
Émilie d’Ornano,Lyon, 2023